Boléro-Paprika : une page noire de l’Histoire de France

            Le 7 septembre 1950, à 5 h du matin, une grande rafle débute un peu partout en France. Elle vise à arrêter 404 militants antifascistes. Le volet « Bolero » de l’opération visait des communistes espagnols (ou présumés tels) qui devaient être déportés en Corse ou Algérie (en principe). Le volet « Paprika » visait des communistes d’autres nationalités qui devaient être expulsés « vers les frontières de l’Est » (finalement : URSS, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie). En fait, au 9 septembre les archives dénombrent 288 arrestations : 177 Espagnols, 59 Polonais, 14 Soviétiques, 13 Italiens, 6 Hongrois, 5 Tchécoslovaques, 4 Grecs, 4 Roumains, 4 apatrides, 2 Bulgares. 61 Espagnols furent dirigés vers la Corse, 84 vers l’Algérie, 32 vers « les frontières de l’Est ». Courant 1951, 13 autres communistes espagnols furent déportés en Corse (dont Sebastián Piera, mentionné par ailleurs, témoin toujours vivant et actif). Les 18 et 20 juin 1951, 2 navires polonais emportèrent 57 des déportés espagnols de Corse vers la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie. Le 2 juillet 1951 un autre navire polonais embarqua 54 des déportés espagnols d’Algérie. Pour ceux qui restèrent en Algérie ou en Corse la liberté demeura restreinte longtemps. C’est ainsi que Sebastián Piera et son épouse Trinitat Revoltó durent pointer tous les dimanches à la gendarmerie pendant 17 ans. Parmi les personnes qui échappèrent à la rafle on peut noter : Santiago Carrillo, Enrique Líster. L’Espagne franquiste suit l’opération de près : dés le 8 septembre la nouvelle des arrestations de la veille paraît dans Arriba, La Vanguardia et le Diario de Barcelona.

            Peu avant la rafle, le gouvernement avait déclaré dissoutes et illégales un certain nombre d’organisations dont : le PCE, le PSUC, le PC d’Euskadi, Los Amigos de Mundo Obrero, l’Amicale des Anciens FFI espagnols (première forme de notre Amicale, reconstituée en 1975 : voir dans ce même bulletin), Las Mujeres Antifascistas, Las Juventudes Socialistas Unificadas de España, Solidaridad Española. Les publications suivantes sont interdites : Mundo Obrero, Culture et Démocratie, Lluita, Nuestra Bandera, Mujeres Antifascistas, El Obrero Español, Juventud, Solidaridad Española, Partidarios de , Euskadi Roja.

          Le gouvernement qui commet ces méfaits est en place depuis juillet 1950 seulement ; il est présidé par René Pléven (UDSR : Union Démocratique et Socialiste de la Résistance) ; il tombera en mars 1951. Il comprend 22 ministres et 11 secrétaires d’État répartis comme suit : 9 socialistes (Guy Mollet, Jules Moch, Pierre Olivier Lapie, Gaston Deferre, Albert Gazier, Pierre Métayer, Eugène Thomas, Max Lejeune, Lucien Coffin), 9 MRP (Mouvement Républicain Populaire : Jean Letourneau, Robert Schuman, Jean-Marie Louvel, Pierre Pfimlin, Paul Bacon, Pierre Schneiter, André Monteil, Robert Buron, Jules Catoire), 8 radicaux (Rassemblement des Gauches Républicaines : René Mayer, Henri Queuille, Edgar Faure, Charles Brune, Paul Giacobbi, Maurice Bourgès-Maunoury, André Maroselli, André Morice), 4 PRL (Parti Républicain de la Liberté : Maurice Petsche, Antoine Pinay, Louis Jacquinot, André Guillant), 3 UDSR (outre René Pléven : Eugène Claudius-Petit et François Mitterrand). 

Les responsabilités de ces hommes politiques quant au maintien de la dictature en Espagne ne doivent pas être oubliées.

HF